Société Royale d'Histoire "Le Vieux Châtelet"


Vous êtes ici : Accueil » histoire

Un survol de l'histoire de Châtelet

maquette

Peu de localités de la région présentent un visage aussi attachant que Châtelet. "Traversez à pied le centre de Châtelet : ses rues étroites, ses places exiguës, ses trottoirs larges comme des rubans, ses toits vétustes, ses maisons pressées les unes contre les autres, tout vous offre l'aspect d'un passé lointain". Ce passé est d'ailleurs beaucoup plus lointain que ne le laisse présumer l'aspect de la ville.

Depuis de très nombreux millénaires, l'homme foule le sol de Châtelet.
Au sein de la forêt immense, tout l'y attirait : le gibier, la rivière et son poisson, un gué, un plateau riche en silex et surplombant la vallée. Si les chasseurs de mammouths et de rennes utilisèrent les grottes de Presles et de Bouffioulx, l'homme du néolithique s'installa, il y a quelque 8.000 ans, sur le plateau de la Blanche-Borne où il construisit ses huttes et établit des ateliers de taille de silex. Les Celtes occupèrent à leur tour le plateau où il édifièrent un camp retranché.

Ce site fut dédaigné par les Gallo-Romains : ils y mirent leurs morts, mais préférèrent vivre et travailler dans la vallée de la Sambre qui s'élargit, en cet endroit, en forme de cirque. Plusieurs chemins aboutissent à un gué, près de ce qui deviendra la place du Marché, formant un cadre propice à l'installation des marchands tandis que les métallurgistes travaillaient le fer sur ce qui fut plus tard le Trigeon. Les Germains détruisirent cette belle prospérité en même temps que le "Châtelet" qui la protégeait.

maquette

Lorsqu'en 840, l'empereur Louis le Débonnaire donna à Ekkard ses "Villae" de Marcinelle et de Pont-de-Loup, Châtelet n'était qu'un hameau dépendant de ce domaine qui comprenait également Bouffioulx, Pironchamps et, vraisemblablement Châtelineau. Il faut attendre le XIIe siècle pour que Châtelet et Pont-de-Loup devinrent propriété du Chapitre de la Cathédrale Saint-Lambert de Liège et le restèrent jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. Châtelineau fut attribué au Comté de Namur en 1375.
Quant à Bouffioulx, un moment détaché du domaine, il le rejoignit en 1321.

En 1220, Châtelet reçut sa Charte et bénéficia de ses premières libertés que symbolisa et matérialisa le Perron. S'il en souffrit lors des guerres, Châtelet sut profiter des avantages que lui donnait sa situation géographique : aux confins de la Principauté de Liège et du Comté de Namur, en bordure de la Sambre qu'enjambait un pont, à la croisée des chemins. Encouragé par la politique libérale appliquée dans la Principauté de Liège, Châtelet devint un centre administratif, économique et culturel important.

Châtelet est le siège d'une Seigneurie qui englobe Pont-de-Loup, Pironchamps et Bouffioulx; il est aussi le siège d'un bailliage; il est administré par un mayeur et une cour de Justice auxquels viennent se joindre deux bourgmestres et, plus tard, des députés. En 1655, Châtelet obtint le titre de "Bonne Ville" ce qui lui donna le droit de participer aux assemblées des Etats du Pays de Liège. Sur le plan religieux, Châtelet fut érigé en doyenné en 1559.

maquette

Les métiers de Châtelet sont organisés et actifs; on trouve plusieurs corporations : celles des potiers, des orfèvres, des drapiers, des pelletiers, des cordonniers, etc ... Sa halle est bien approvisionnée et achalandée, elle est la source d'un commerce vivant encore stimulé par trois et bientôt quatre foires annuelles et un marché hebdomadaire aux bestiaux. "Autour du noyau que forme la place du Marché, bordée de boutiques, les établissements industriels se sont installés". Les Gravelles et la Stralette accueillent plusieurs poteries et une verrerie. Les rives de la Biesme concentrent moulins, draperies, tanneries, forges et platineries. Le Faubourg, avec ses fermes importantes, est le grenier de Châtelet qui, durant les XVIe et XVIIe siècles, tenta de mettre sa prospérité à l'abri derrière les remparts de ses fortifications.

Surtout voués à l'agriculture, Châtelineau et Bouffioulx connaissaient cependant des activités artisanales : clouteries à Châtelineau, poteries et forges à Bouffioulx.

Châtelet connaissait aussi une brillante activité culturelle et artistique. La musique était fort à l'honneur et si Jean Guyot, maître de chapelle de l'empereur Ferdinand 1er, fut le plus célèbre de ses musiciens de talent, il ne fut pas le seul. Une chambre de rhétorique organise des représentations théâtrales et réunit les "beaux esprits" de la ville. L'artiste peintre Pierre Jouet oeuvre non seulement à Châtelet mais aussi pour les abbayes de Soleilmont et d'Aulne. Les grès ornés de Châtelet et de Bouffioulx sont vendus dans toute l'Europe occidentale et concurrencent avec bonheur les grès allemands.

Châtelet, qui comptait 2.000 habitants, possédait un collège réputé. On trouvait un hôpital à Châtelet et à Châtelineau. Jusqu'au XVIIIe siècle, Châtelet fut la métropole régionale, jusqu'au moment où, grâce aux privilèges accordés généreusement par les souverains des Pays-Bas autrichiens, Charleroi lui ravit cette place.

maquette

Après la période des remous révolutionnaires qui marquèrent la fin du XVIIIe siècle, Châtelet connut, sous Napoléon, une période de stabilité et de renouveau économique. Cette prospérité s'affermit au cours de la période hollandaise. C'est cependant avec enthousiasme que les châtelettains participèrent, dès la première heure, en 1830, à la Révolution nationale.

Bientôt, une autre révolution allait secouer toute la région. Une révolution qui bouleversa tout et qui, en peu de temps, changea complètement la physionomie des rives de la Sambre, agrestes jusque là. Châtelet était au coeur du mouvement. Partout sur les bords de la rivière et dans la vallée, les grosses et moyennes industries s'installèrent avec fracas, les charbonnages, les hauts-fournaux, les usines, les fabriques, les ateliers les plus divers surgirent en grand nombre. Le Pays Noir était né.

La population de Châtelet s'accrut dans des proportions peu croyables :

de 3.000 habitants en 1845, ella passa à 7.500 en 1865, 11.300 en 1885, 13.000 en 1907, 15.000 en 1928, chiffre qui n'a plus guèrre changé depuis. L'explosion démographique fut encore plus spectaculaire à Châtelineau où de 900 en 1811, elle passa à 1.113 en 1830, 2.408 en 1850, 6.162 en 1870, 10.383 en 1891, 16.186 en 1913, 17.969 en 1934, 18.455 en 1950.

Suite à cette poussée démographique, des rues nouvelles furent ouvertes et des quartiers créés; écoles, églises, hôpital, abattoir furent édifiés; la distribution d'eau, un réseau d'égouttage, l'éclairage public furent aménagés. Tout cela, en quelques années.

"Châtelet fait peau neuve. Il devient correct. Ses rues autrefois gibbeuses et en zig-zag, s'applanissent et montrent quelque velléité d'aller droit aux dépens des vieilleries. La régularité vient, le pittoresque s'en va", écrivait Olivier Gille, en 1876.

maquette

Plus que jamais, le centre de Châtelet s'est consacré au commerce; chaque maison est un magasin, chaque fenêtre est un étalage. Au sein de cette activité économique absorbante et de cette transformation urbaine, les activités culturelles et artistiques se développèrent d'une manière exceptionnelle. L'amour de la musique que cultivaient de nombreux cénacles familiaux se concrétisa en de nombreuses sociétés de musique : chorales, symphonies, fanfares, harmonies. Cet amour de la musique provoqua la création d'une école, devenue académie. Le besoin de savoir, de culture dans son sens le plus large, amena la création de nombreux cercles de conférences et éducatifs et d'une bibliothèque populaire transformée ensuite en bibliothèque communale.

Dans le domaine littéraire, Châtelet a donné naissance à une longue lignée d'écrivains, poètes, littérateurs qui débuta avec Octave Pirmez. Le théâtre trouva, à Châtelet, à la fois des auteurs et des interprètes de talent. Les arts décoratifs (peinture, sculpture, céramique) connurent une impulsion remarquable avec la création, en 1869, au sein de l'école industrielle, d'une section artistique devenue depuis Académie de Dessin et des Arts décoratifs.
Depuis Sylvain Paulus, père du peintre Pierre Paulus, Châtelet a vu naître maints talents dont plusieurs ont atteint un renom international.

A travers les guerres et les crises économiques, Châtelet est resté un centre attractif. Aujourd'hui, il a perdu son industrie, mais son commerce a pris une dimension régionale, son réseau d'institutions scolaires en fait un centre d'enseignement, ses activités artistiques et culturelles sont nombreuses et de qualité.





Les potiers de Bouffioulx et Châtelet

Les potiers de Bouffioulx et Châtelet


Magritte à Châtelet

Magritte à Châtelet