Société Royale d'Histoire "Le Vieux Châtelet"


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Magritte à Châtelet

C'est à Châtelet, où il habita de 1904 à 1917, que René Magritte devint artiste peintre, il y a apprit les premiers éléments de son art, réalisa ses premières oeuvres, exposa et vendit pour la première fois.

Lessinois ... par hasard

Le 2 mars 1898, fut célébré, à Gilly, le mariage d'Adeline, Isabelle, Régina Bertinchamps, une modiste de 26 ans et de Léopold Magritte, un tailleur d'habits, âgé de 27 ans, originaire de Pont-à-Celles.

Après un bref séjour à Gilly le couple s'installa, le 8 novembre suivant, à Lessines où René naquit le 21 du même mois.

La famille Magritte séjourna fort peu de temps à Lessines qu'elle quitta dès le 10 mai 1900 pour revenir à Gilly où elle ne devait habiter que quatre ans, entre-temps y étaient nés les deux frères de René : Raymond en 1900 et Paul en 1902.

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René Magritte châtelettain

La famille Magritte vint s'installer le 4 avril 1904, au n° 77 (devenu le 79) de la rue des Gravelles, à Châtelet, où Régina avait un frère.

En 1911, Léopold et Régina se firent bâtir une "maison bourgeoise" : qui porte le n° 95 de la rue des Gravelles.

Il s'agit d'un élégant immeuble "art nouveau" dont l'aménagement intérieur révèle le goût esthétique de Léopold Magritte, sa perception du beau.
C'est dans cette rue que les frères Magritte vécurent leur jeunesse. René avait à peine 5 ans et demi lorsqu'il y vint et 19 ans lorsqu'il la quitta définitivement.
On connaît assez peu de choses de la jeunesse de René Magritte qui n'aimait point "retourner sur ses pas", étant "réfractaire à l'évocation de sa jeunesse et, d'une façon générale de tout le passé".
D'après son fils Paul, Léopold Magritte "était plein de personnalité et d'humour, c'était un homme d'affaire avisé".

D'abord marchand-tailleur, il devint représentant de commerce en margarine, de Cocoline. Il assura le confort de sa famille. La construction de la belle maison de la rue des Gravelles matérialise cette aisance.
D'autre part, il eut les moyens de s'offrir les services d'une certaine domesticité. Il semble aussi que Léopold Magritte ne posséda point un caractère particulièrement facile. Il a laissé le souvenir d'un dandy antipathique, d'un mari infidèle.
Quant à Régina, son suicide dans les eaux de la Sambre, en 1912 provoqua bien des questions. Elle laisse le souvenir d'une personne gentille, mais plaintive et dépressive.

René fut un enfant terrible dont les compagnons de jeu aimaient ou n'aimaient pas raconter les folles aventures.
"L'acralité particulière du clan Magritte" mit à rude épreuve les bonnes auxquelles ils étaient confiés et singulièrement la tyrannie enfantine de René qui se montrait très mystique, "au garde à vous devant Jésus, sa mère, sa colombe et les saints des vitraux". Et pourtant, à l'école, il ne brilla guère au cours de religion.

Evoquant sa jeunesse châtelettaine, Paul Magritte écrivit : "Comme chez tous les adolescents, nos jeux étaient conventionnels sauf quelques extravagences : promenades sur les toits des maisons, tentatives de larcins dans les poulaillers". Il est cependant certain que René Magritte monta, à Châtelet, des farces dont eurent à souffrir certains voisins qui s'en souvinrent longtemps.
Après la mort tragique de leur mère, l'éducation des trois frères fut laissée à des servantes.
Ils fréquentèrent l'Ecole moyenne de l'Etat pour garçons, située rue du Collège, établissement autorisé, depuis septembre 1996, à porter le nom d'Athénée Royal René Magritte en souvenir de cet ancien et, aussi bizarre que cela puisse paraître bon élève. Ce qui ne fut plus le cas ensuite.

Lorsqu'en 1913, Léopold Magritte entraîna pour quelques mois ses fils à Charleroi, René fréquenta l'Athénée Royal de cette ville. Le "grand garçon blond se désintéressait magnifiquement du latin et de la plupart des autres cours".
La seule chose, peut-être, à retenir de son bref séjour à Charleroi, est sa rencontre avec Georgette qui, plus tard, devint son épouse.
En octobre 1914, les Magritte revenaient à Châtelet, dans la maison de la rue des Gravelles.

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L'éveil d'un grand talent

Châtelet n'est pas étrangère à la vocation artistique de René Magritte ni a certains thèmes de sa peinture surréaliste.
Lorsque la famille Magritte vint prendre domicile à Châtelet en 1904, un climat artistique existait déjà dans la ville.

Cette année-là, le sculpteur Eugène Paulus succédait à son père Sylvain, à la tête d'un important cours artistique qu'il animait depuis 30 ans. D'autre part, Châtelet possédait déjà quelques artistes de renom tels les peintres Pierre Paulus, Edmond Doumont, Jules Henriette, Henri Leroux, et Fécilien Defoin dont il fréquenta l'atelier.
René Magritte qui avait, certes des dispositions naturelles et dont le père était amateur d'art, de dessin et de peinture bénéficia de ce climat et aussi du voisinage du photographe Léopold Pétrus, le père de son ami Raymond, et de la fréquentation des frères Chavepeyer, Emile le photographe, Albert, le peintre et affichiste, et Hector, le peintre qui fut l'éveilleur de talent de maints de ses cadets, dont Gustave Camus, que l'on groupe souvent sous le nom d'"Ecole de Châtelet".

En 1910, René Magritte, qui a douze ans, colorie des images et suit des cours de peinture. C'est un professeur d'une école de Dampremy, près de Charleroi qui vient chaque semaine donner ces leçons aux demoiselles de Châtelet, René Magritte est le seul, avec le professeur, à représenter l'humanité mâle dans la classe improvisée, qui se compose de deux chambres au premier étage d'une boutique de bonbons, boutique qui était juste en face de l'Ecole moyenne.

C'est en 1915, que René Magritte a pris conscience de sa personnalité.
"C'est ainsi que je gagnai pour l'art et les artistes officiels une méfiance complète, je me sentis n'avoir rien de commun avec cette corporation. Un point de repère me fixait autre part : c'était cette magie de l'art que j'avais connue dans mon enfance".
"En 1915, j'essayais de retrouver la position qui me permettrait de voir le monde autrement que l'on voulait me l'imposer. Je possédais quelque technique de l'art de peinture et, dans l'isolement, je fis des essais délibérément différents de tout ce que je connaissais en peinture. J'éprouvais les plaisirs de la liberté en peignant les images les moins conformistes".

C'est alors qu'on lui offrit le catalogue illustré d'une exposition de peintures futuristes.
On lui fit ce don "avec un sourire apitoyé", en pensant faire, au jeune peintre "une bonne blague" en lui mettant "devant les yeux un défi puissant lancé au bon sens qui d'ailleurs l'ennuyait tellement".

En 1912, grâce aux peintres, le futurisme italien était devenu un événement international. Une exposition organisée à Paris, en février 1912, fit scandale. Elle attira aussi des peintres belges dont Jules Schmalzigand, probablement le seul artiste futuriste que la Belgique ait produit.
Après Londres et Berlin, l'exposition présentée du 30 mai au 5 juin 1912 à Bruxelles, où elle donna lieu à des soirées très animées dans une "atmosphère de bataille" qui valurent au futurisme, la publicité qu'il recherchait et qui en firent même "une actualité bruxelloise" (J. Weisgerber - Les avant-gardes littéraires en Belgique - Labor Bruxelles 1991).

On comprend que Magritte peignit dans une véritable ivresse toute une série de tableaux futuristes.
1916, allait marquer un nouveau tournant dans la vie du jeune peintre. En effet, c'est encore à Châtelet, au Château Bolle, rue de Couillet, du 19 juillet au 15 août 1916, que René Magritte exposa pour la première fois ses oeuvres.
C'était dans le cadre d'une exposition à la fois technique et artistique organisée au profit de l'Assistance Discrète aux Enfants Nécessiteux.

René Magritte y présenta un Pont de Sambre, une Nature Morte, et deux fusains : Cheval écorché et Lionne blessée.
C'est à ce moment que René Magritte vend ses premières oeuvres dont un paysage peint dans une technique "fauve", "étonnant jaillissement de verts". Cette toile et d'autres, datées de 1916, furent acquises par un médecin châtelettain, le Docteur Alphonse Thibaut.
Et le 2 octobre 1916, il s'inscrivit à l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles dont il suivit les cours d'une manière intermittente jusqu'en 1918, quand la famille vint s'installer dans l'agglomération bruxelloise.

On ne revit plus guère Magritte à Châtelet où il conserva, pourtant, certains contacts en particulier avec les frères Chavepeyer, les Shaeffers Brothers, comme il les appelait.
C'est à leur intervention qu'en 1952, il participe au Salon du Cercle d'Art et de Littérature du Canton de Châtelet.

De patientes recherches ont permis d'établir une liste d'une vingtaine de tableaux peints par René Magritte, entre 1910 et 1917 à l'époque où il habitait Châtelet.

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Sources d'inspiration surréalistes

Magritte n'aimait point retourner sur ses pas. Cependant, il emporta, de sa vie châtelettaine, des souvenirs qui marquèrent l'oeuvre du grand peintre surréaliste.
Le "chapeau melon" qui figure si souvent dans l'oeuvre de Magritte, à le symboliser, c'est le couvre-chef que, jeune, il voyait coiffer son père.

Fantomas occupa une place importante dans l'oeuvre de René Magritte. Ses premières toiles rappellent souvent le personnage et l'atmosphère du Fantomas de Feuillade. Il écrivit même des Notes sur Fantomas qui furent publiées à Paris en 1928.

Zénon Emplit installa le premier cinéma de Châtelet, le Mondial Palace Cinéma, près du pont de la Sambre, au coin de la rue de la Station et de la rue des Gravelles, presqu'en face de l'habitation des Magritte. Zénon Emplit projeta, dans sa salle, tous les grands succès de l'époque dont la fameuse série adaptée de "Fantomas" de Pierre Souvestre et Marcel Allain, réalisée à partir de 1910 par Louis Feuillade.
Pour certains, la vocation surréaliste de Magritte, vient sinon tout entière, du moins en partie, de ces aventures de Fantomas projetées au cinéma Emplit. "Le personnage le fascinait".

Albert Chavepeyer racontait : René Magritte, comme moi, aimait beaucoup les affiches de cinéma et je crois que sa vocation surréaliste vient sinon tout entière, du moins en partie, du cinéma et avant tout des "aventures de Fantomas" projetées au cinéma Emplit. Le personnage le fascinait. C'est ainsi qu'il se retrouve dans certaines de ses oeuvres. Fantomas avait d'ailleurs envahi Châtelet et la librairie du Passe-Temps montrait dans sa vitrine un plâtre polychrome du héros pour annoncer ses aventures paraissant dans le "Petit Parisien".

On connait l'importance du cheval dans la peinture de Magritte; "Le Jockey perdu", "La chaîne sans fin", "l'Agent secret", etc. Le cheval fut un problème auquel il s'est attaché. Dès ces premières oeuvres châtelettaines, on trouve le "cheval". Ainsi à l'exposition de 1916, il présenta "Cheval écorché" (un fusain), on parle aussi d'une grande toile peinte "Cheval dans une pâture" (1911), une autre représentant "des chevaux sortant affolés d'une écurie en feu", a été heureusement retrouvée.

Les nombreux visages voilés que l'on retrouve dans l'oeuvre de Magritte lui furent inspirés par la mort tragique de sa mère sur laquelle il fantasma dans de nombreuses compositions.

Régina Magritte partageait la chambre de son benjamin Paul. La nuit du 23 au 24 février 1912, au milieu de la nuit, l'enfant s'apercevant qu'il était seul, éveilla la famille. On chercha partout et vainement dans la maison puis, remarquant des traces de pas sur le seuil de la porte et sur le trottoir, on les suivit pour aboutir à la Sambre toute proche.
Elle avait déjà "manifesté, à plusieurs reprises, l'intention d'en finir avec la vie".

Le corps de la malheureuse fut repêché dans la Sambre, à la Praye, "derrière le terril des Agglomérés", le 12 mars seulement, vers 11 heures. Le cadavre fut déposé dans une maison proche où il fut identifié par le frère de la malheureuse, Albert Bertinchamps.
Les funérailles eurent lieu le 14 mars en l'église des Saints Pierre-et-Paul.
Lorsqu'on repêcha son cadavre le visage de Régina fut recouvert d'un linge.
On sait que l'image du visage voilé revient souvent dans l'oeuvre de René Magritte, "consciemment ou inconsciemment directement ou de façon oblique", ces images peuvent se rapporter à ce tragique événement.

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Châtelet se souvient

Résultat de l'action de deux "militants magrittiens" châtelettains, l'auteur de ces lignes et le peintre Léon Moisse, attaché à l'Echevinat des Beaux-Arts de Châtelet, la Ville a décidé d'occuper la place qui lui revient dans la vie et la gloire du Grand Surréaliste.
Ainsi, le 11 octobre 1996, l'Echevin des Beaux-Arts, Jacques Collart a inauguré, à la façade du 95 de la rue des Gravelles, une plaque commémorative en forme de chapeau melon, créée par Monsieur Léon Moisse.

L'Athénée Royal de la rue du Collège a reçu l'autorisation de porter le patronyme de René Magritte, à dater du 1er septembre 1996, alors que l'autre Athénée Royal recevait le nom d'un autre illustre châtelettain : Pierre Paulus.
Enfin, la ville de Châtelet a réalisé dans le centre ville commerçant, une "promenade artistique" dont les "stations" sont inspirées par des oeuvres du peintre.

Pour marquer l'année Magritte (1998), la Ville de Châtelet, la Société d'Histoire "Le Vieux Châtelet", la Bibliothèque communale, l'Académie de Musique, l'Académie des Beaux-Arts, l'Athénée Royal René Magritte, la Poste et le Cercle Philathélique, l'A.C.A.P.I. et CEDITI (Internet) se sont associés pour organiser un "Printemps Magritte" dans la ville où le peintre trouva la source de sa vocation.





Les potiers de Bouffioulx et Châtelet

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Magritte à Châtelet

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