Société Royale d'Histoire "Le Vieux Châtelet"


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Château Pirmez

Des soeurs françaises au service de la jeunesse malheureuse à Châtelet

par Marcel Nihoul

Créé en 1903, l'orphelinat de Châtelet est devenu, maintenant, un hâvre pour la jeunesse malheureuse, "moralement abandonnée".

Chassées de France

Il y a 75 ans, arrivaient à Châtelet deux religieuses de la "Sainte Famille" de la Délivrande (France) : Mère Lukinger, supérieure générale et Mère de la Londe, chassées de France par les lois anticléricales du ministère Combes contre les ordres religieux.

Elles recherchaient, pour leur communauté, un asile accueillant. Leurs regards s'étaient tournés vers la Belgique hospitalière...

Dans le train, où les voyageurs avaient pris place, elles eurent la bonne fortune de rencontrer la soeur du chanoine Paul Fourez, curé-doyen de Châtelet. Elles confièrent leurs soucis à Melle Fourez, qui s'offrit alors à servir de trait d'union entre son frère et les religieuses. C'est ainsi que ces dernières descendirent chez le chanoine Fourez.
D'accord avec le commissaire de police de Châtelet, M. Fourez demanda alors aux exilées la fondation d'une maison pour orphelines, oeuvre qui n'existait pas encore dans la région. La proposition fut acceptée sur le champ et l'achat de la maison Pirmez, dans la Grand-Rue, décidé.

Le 6 janvier 1903, la première colonie, composée de cinq religieuses, arrivait à Châtelet et, vaillamment, entreprenait le travail demandé et installait au mieux les locaux.

En fin d'année, l'école comptait cinquante élèves. En outre, les soeurs aidèrent l'abbé Molle, curé du Faubourg, à organiser et développer les oeuvres de la paroisse.

Bientôt, du renfort arriva de France et, en 1904, une chapelle fut construite et bénie le 7 août de la même année, tandis que, de France, arrivaient les PP. Roger et Lainé, qui assurèrent respectivement les charges de directeur et d'aumônier de l'établissement.

Entretemps, la Maison prospérait, - pas au sens matériel du mot, les religieuses n'étant pas rétribuées -, les orphelines affluaient vers l'institution, en 1906, elles étaient 115.

Une première évolution

En 1912, l'orphelinat ne se limite pas seulement à recevoir des orphelines, il accueille aussi des enfants et des jeunes fills dépendant du Tribunal de la Jeunesse, des Comités de protection de la Jeunesse et des Commissions d'Assistance publique.

Parallèlement, une école primaire et gardienne abrite aussi des pensionnaires et elle atteint jusqu'à 180 enfants. Mais en 1914, aux premiers bruits de la guerre, la plus grande partie des pensionnaires furent renvoyées dans leurs familles : cinquante enfants seulement restèrent à l'orphelinat. Aux lendemains de la bataille de Châtelet, les soeurs, dirigées alors par Mère De Knyff, de nationalité belge, se dévouèrent aux soins des blessés hospitalisés dans leurs locaux transformés en ambulance.

En 1917, deux dortoirs furent aménagés pour recevoir des réfugiés de Saint-Quentin, tandis que l'année suivante, les soeurs de Sainte-Marie, de Châtelet, dont les locaux avaient été réquisitionnés, recevaient à leur tour l'hospitalité de l'oeuvre. Puis vint la terrible épidémie de grippe, dite "espagnole" qui, si elle épargna la communauté, frappa toutes les élèves; une seule ne résista pas. Durant l'occupation, l'action de la Maison de la Sainte-Famille fut sensiblement ralentie. Toutefois, les religieuses conservèrent la disposition de leur Maison et des dépendances, grâce à la bienveillance de M. Leclercq, juge des enfants, de Charleroi, qui défendit leurs intérêts contre les occupants.

Vint ensuite l'armistice. Les soeurs de Sainte-Marie rentrèrent chez elles, l'ambulance fut vidée et les locaux scolaires furent rendus à leur destination, avec trois classes.

Période transitoire

En 1920, l'école fut agréée par le Ministère de l'Instruction publique, et des institutrices belges remplacèrent les maîtresses françaises, sous le supériorat de Mère de Valori, Mère De Knyff étant malade.

En 1922, le R.P. Roger, directeur, décéda : l'abbé Berte, professeur à l'Athénée, lui succéda. Quelques années plus tard, Mère Deboever, qui devint plus tard Supérieure Générale, prenait en man la houlette du petit troupeau de Châtelet. Une nouvelle ère de prospérité pour la Maison : le nombre des enfants doubla, des retraites de jeunesses : J.O.C., J.I.C., J.E.C., furent suivies avec enthousiasme; des cours de coupe d'externes trouvaient des locaux convenables : des réunions de diverses ligues, la chapelle ouverte à tous les cultes catholiques : polonais, ukrainiens, autrichiens, italiens; sainte messe, baptêmes, confirmations, premières communions, tous ces exilés se trouvaient à l'aise à la "Sainte-Famille".

En 1934, le bâtiment Saint-Joseph fournit au 4e degré un local convenable réclamé par l'inspection, et des dortoirs spacieux et baignés de lumière.

En 1935, l'abbé Lavend'homme (né en 1864 et ordonné en 1888) fut nommé aumônier de l'établissement.

Jusqu'en 1938, le nombre des élèves alla croissant et la construction de nouveaux locaux scolaires fut alors décidée. Mais ce n'est que le 25 mars 1942 que la nouvelle maison fut bénie et habitée, la seconde guerre mondiale ayant interrompu les travaux. Durant l'occupation de 1940 à 1944, les classes continuèrent leur activité dans un calme relatif, avec Mère Abrassart comme Supérieure, Mère Deboever ayant été rappelée à la Délivrande en qualité de Supérieure Générale. Vint la libération et une nouvelle période de réalisations pour la Maison.

La nouvelle orientation

En 1948, l'édification d'un home de repos à Mailien fut décidée et sa construction confiée à l'architecte Branders; les travaux allèrent bon train et, le 7 juillet, Notre-Dame y entra. 70 enfants, 2 monitrices et 6 soeurs pouvaient y trouver place. Situation idéale, grand air, à l'orée d'un immense bois de sapins, tranquillité loin de tout bruit, ruisseau, prairies, rien ne manque au bonheur des enfants accueillis chaque année à Pâques et en juillet-août, on passe au home qui reçut le nom de "Nazareth".

A la rentrée de septembre 1949, le nombre des élèves diminua. Le Ministère annonça une compression des dépenses, le Parquet fit moins de placements, les C.A.P., de même, les orphelines touchant de fortes allocations sont recueillies par des membres de leur famille; de ce fait, les subsisdes ne sont plus assurés et diverses mutations amènent leur suppression. La "Sainte-Famille" doit envisager une autre orientation pouvant l'aider à vivre tout en réalisant une oeuvre sociale. C'est une oeuvre de protection de la jeune fille qu'elle choisit et "Béthanie" en est une.

En 1952, c'est la création du home "Béthanie" (home de semi-liberté) sis actuellemen rue du Calvaire 45, et qui accueille 16 jeunes filles : travailleuses et étudiantes de 15 à 21 ans, placées par le Tribunal de le Jeunesse, les Comités de protection de la Jeunesse, les Commissions d'Assistance Publique.

En 1953, est créée "l'Oasis" qui accueille des jeunes filles sans foyer et ayant atteint l'âge de la majorité. En 1953, également, le 6 janvier, la Maison célèbre son 50e anniversaire par une messe solennelle célébrée en sa chapelle en présence de Mgr Himmer, évêque de Tournai et d'une foule nombreuse; la journée sera aussi marquée par une séance académique et un salut.

En 1955, fut créé un deuxième home de semi-liberté : "Home Claire-Joie" sis rue du Calvaire 43 et accueillant également 16 jeunes filles, travailleuses et étudiantes de 14 à 21 ans. Progressivement et selon les besoins des jeunes reçues dans la maison, l'école primaire fait place à l'Ecole d'Enseignement Spécial.

En 1956, une classe d'Enseignement spécial fonctionne avec seize élèves.

En août 1957, Mgr Himmer vint consacrer le nouvel autel de la chapelle de l'institution dont l'ancienne table en bois est remplacée par une table en marbre. L'autel, contenant des reliques de Sainte-Cécile et de Sainte Maria Goretti, est consacré à la Sainte-Famille.

Changements de nom

En 1965, l'orphelinat change de nom et prend celui d'Institut Ste Famille et il accueille des filles de 3 à 21 ans. Il se limite particulièrement aux jeunes placées, les orphelines sont très peu nombreuses.

En 1969, il y a 6 classes d'Enseignement Spécial (7 enfants seulement vont en classe dans les écoles environnantes).

En 1976, la Maison décide d'accueillir des petits garçons entre 3 et 8 ans, avec l'intention de continuer la mixité jusqu'à la majorité.

En juin 1977, l'Ecole d'Enseignement Spécial ferme ses portes et tous les enfants rentrent, en septembre, dans quelque vingt-six écoles de la région.

En 1978, nouveau chagement de nom avec la création d'une Asbl de gestion. La maison s'appelle désormais "Siloé". Qu'est-ce à dire ? "Siloé" est l'envoyé, celui qui est envoyé et attendu par tous.

On compte 112 jeunes de 3 à 21 ans pour l'ensemble de la Maison, dont 9 garçons; tous sont des cas sociaux, issus de familles démunies ou incapables d'assurer l'éducation de leurs enfants; il n'y a pas de délinquants.

L'ensemble du personnel, au nombre de 57, dont 8 religieuses de la Congrégation de la Sainte-Famille de la Délivrande, s'est fixé, comme objectif, "d'aider chaque jeune à jeter la plus grande clarté, mêlée de sérénité et de compréhension, sur eux-mêmes, leur entourage et les événements. Ainsi sont-ils certains que les souffrances, les joies, les peines, les succès, les difficultés sont autant de perles précieuses ajoutées au capital de ceux qui devront compter surtout sur leur force intérieure, et parfois sur les autres".

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