Société Royale d'Histoire "Le Vieux Châtelet"


Notes sur la ferme dite Ferme de la Maquette à Châtelet

par Emile Stainier

Ferme de la Maquette

Les bâtiments dont il s'agit formaient l'angle de la rue du Calvaire et de la Grand'rue (avenue Vandervelde). Ce texte ne vaut que pour la description des lieux; à ce point de vue, c'est un document précieux.

Pendant la construction de la nouvelle église de Châtelet (1867 à 1872), les offices furent célébrés sur l'emplacement couvert d'une cour d'une ancienne auberge appartenant à M. V. Pirmez-Drion. L'ensemble de ces bâtiments anciens me paraît mériter l'attention de notre Société, pour laquelle je vais en faire la description.

Du côté de la cour, les bâtiments sont flanqués d'une tour octogone d'un très bel aspect et bien conservée.

La porte d'entrée est en pierres sculptées formant une ogive surbaissée, surmontée d'une petite barbacane ou meurtrière; destinée à pointer un mousquet. La meurtrière est formée à l'origine par une sculpture en pierre représentant un rabot et la partie supérieure, d'une croix de St-André. Il n'ya pas à s'y tromper, ce sont bien là les attributs guerriers des ducs de Bourgogne, que l'on retrouve à Bruges dans l'église Notre-Dame, sur le tombeau de leur famille.

Vous savez, Messieurs, à quelle occasion les ducs de Bourgogne placèrent un rabot comme emblème de guerre sur leur bannière. Jean sans Peur, duc de Bourgogne, ayant fait assassiner le duc d'Orléans en 1407, Bernard d'Armagnac, beau-frère de la victime, prit les armes pour le venger, mais comme à ses yeux un assassinat était une action vile, indigne d'un gentilhomme, il fit savoir à son ennemi qu'il le rosserat comme un vilain, et pour rendre sa pensée d'une manière saisissante aux yeux de son armée, il fit placer sur sa bannière un gros bâton noueux.

A cette menace insultante, le duc de Bourgogne répondit qu'il saurait bien polir l'esprit et le bâton de son antagoniste, et il mit un rabot sur sa bannière. Depuis lors, les ducs de Bourgogne conservèrent cet attribut, auquel ils ajoutèrent la partie supérieure d'une croix de St-André, patron des deux Bourgognes.

Il est donc probable, Messieurs, que la tour devant laquelle je me permets de vous arrêter un instant, a été bâtie par quelque seigneur relevant de la maison ducale de Bourgogne; les vieux bâtiments auxquels la tour est adossée annoncent clairement, du reste, par leur disposition et les vestiges de luxe qu'on y voit encore, qu'ils n'ont pas été construits pour servir de ferme ou d'auberge.

Leur architecture paraît remonter au commencement du XVIe siècle à l'époque de transition du gothique à la Renaissance. Par la tour on arrive aux appartements du premier étage, qui se composaient de trois salles dont une très vaste au milieu de deux autres moins spacieuses. Dans la première, où l'on pénètre par une porte en bois de chêne avec des profils sculptés, l'on remarque les débris de la cheminée en pierre, dont il ne reste plus que le pied droit, orné, en place de chapiteau, d'une console représentant une tête de roi avec diadème. Il n'y a plus rien de la cheminée de la grande salle du milieu; mais il reste quelque chose de celle de la troisième salle; elle est du même style, mais moins ornée que la première.

Dans ces appartements, ce qui est plus remarquable peut-être que les cheminées, ce sont les solives. Elles ont des sculptures représentant des fleurons de dessin varié et elles reposent, à leur entrée dans la muraille, sur des consoles en pierres très ornementées. Une, entre autres, est taillée en pointes comme un diamant.

Ces trois salles sont éclairées, du côté de la cour, par trois croisées irrégulières, en pierre sculptée, dont l'une, la plus rapprochée de la tour, est à ogive avec une double accolade et les tympans chargés d'une sorte d'écusson de fantaisie. La plus grande est celle du milieu, elle se fait remarquer par trois têtes qui surmontent les pointes d'ogive. La troisième est plus petite et moins riche d'ornements C'est la seule qui soit intacte, et qui ait conservé ses quatre divisions; les autres sont plus ou moins mutilées.

Ce qu'il y a encore à remarquer sur la façade, c'est un très joli cordon en pierre, placé au milieu du bâtiment. Un caprice de l'architecte en a fait des torsades, des billettes, des feuilles de fougre et des losanges. Ce cordon courait tout le long de la façade, mais il n'est plus entier. Le soubassement, en pierre, est en saillie avec chanfrein.

Depuis fort lontemps, les salles du premier étage servent de grenier, que les locataires remplissent de fourrage ou de céréales.

Le rez-de-chaussée a été converti en écuries; on y voit une belle porte, également en pierre, formant une ogive surbaissée à voussure supportée par deux petites têtes, dont l'une a dsparu.

Du côté de la rue, il y avait deux grandes portes cochères, dont la principale, à plein cintre, a été bouchée; en-dessous de son archivolte se trouvent plusieurs petites pierres découpées en écussons; une seule, cependant, a quelqu'apparence d'armoirie. Evidemment, c'était l'entrée principale de cette habitation; elle devait former une espèce de porche sous lequel on rencontrait, à droite, la porte dont j'ai parlé plus haut, et par laquelle on pénétrait dans les appartements du rez-de-chaussée.

La seconde porte cochère est à cintre très surbaissé. Avant d'y arriver, on remarque, du côté de la rue, une muraille d'un caractère extrêmement ancien; elle est composée d'assises grosses et petites alternant avec beaucoup de régularité.

Le soubassement est plus vieux encore. On serait porté à y voir quelqu'indice de construction romaine. Le fait est que Châtelet, anciennement "Chastelet" et "Chastelein", est un nom qui, à coup sûr, provient de "Castellum". Où était placé le Castellum ? Les bâtiments dont j'ai l'honneur de vous entretenir, Messieurs, sont sur le point culminant de Châtelet. La position topographique qu'ils occupent dominait admirablement tout le pays d'alentour.

Que par un léger effort d'imaginatin l'on supprime toutes les maisons groupées sur la colline où une partie de Châtelet est bâtie, et l'on verra aisément, à quelqu'endroit que l'on se place, que le lieu le mieux situé pour y construire un "Castellum", était celui où nous rencontrons des pierres ayant un caractère romain.





Les potiers de Bouffioulx et Châtelet

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Magritte à Châtelet

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