Société Royale d'Histoire "Le Vieux Châtelet"


La corporation - Le banissement des potiers

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Un ostracisme absolu régnait vis-à-vis des étrangers. Ils ne pouvaient être reçus dans le métier, ni au titre de maître ou d’apprenti ni même en qualité de serviteur.

Il était interdit d’assister les étrangers soit en leur vendant de la terre à pot, soit en les initiant à la fabrication.

Seuls les fils de bourgeois de Châtelet, Bouffioulx et Pont-de-Loup pouvaient apprendre à tourner des pots comme le stipule la charte de 1595.

Cet ostracisme était provoqué par le principe essentiel qui inspirait les maître potiers : limiter la production afin d’éviter l’encombrement du marché et l’avilissement des prix.

Les archives de la ville de Châtelet contiennent de nombreux documents qui précisent ces mesures protectionnistes pour canaliser le marché et répartir la production, ce qui accrédite l’hypothèse du déclin de la poterie sambrienne.

La copie du 26 décembre 1595 est suivie (pages 4 et 5) par un accord des potiers avec la communauté de Châtelet, et daté du 9 juin 1596.




Le texte complète la charte de 1595 sur des points précis :


"nul estranger ou autres que les enfants des bourgeois de Chastelet, Bouffioulx, Pont-de-Loup ne seront admis au mettier des pottiers"

"Que les pottiers d’icy après ne tireront des fosses au Boys de la communauté dudit Chastelet d’avantaige de terres qu’ils n’auroient besoing pour user l’espace d’un an ou deux au plus, sans qu’ils ne puissent faire plus grande provision"


Cet accord contient une clause finale :


"Ce at testé faict , passé et accordé, esté comme dessus et aux conditions devisés et restrictions mentionnées au contract faict par lesdits pottiers, l’an XC cent nonante six, le neuffième du mois de juin audit lieu de Chastelet ..."


La corporation de métier est née aux XIIème et XIIIème siècles du regroupement des gens qui s’adonnent à l’industrie à l’artisanat. A la fin du Moyen âge, il y en a une pour chaque profession ou groupe de profession. Elles vont entraver de plus en plus la vie économique. Elles la paralysent par des prescriptions de plus en plus variées et minutieuses. Elles réglementent la fabrication avec tant de précision qu’elles rendent presque impossible toutes innovations techniques.

Elles groupent les maîtres installés à leur compte, les compagnons ou ouvriers, les apprentis. La maîtrise devient héréditaire de droit ou de fait.

Extrait de la charte de 1596:



"Premier; que doresnavant nul étranger ou aultre que les enfants de bourgeois de Chastelet, Bouffioult et Pont-de-Loup ne seront admys audit mestier des pottiers de pierre sy ce n'est du consentement des maîtres de ville dudit Chastelet et des maîtres et gouverneurs dudit mestier quy seront pour le temps conjointement et indivisement, voir en payant par iceux quy seront admys six florins Brabant, la moictié à notre prouffict et l'autre audit mestier."

"Item; que nuls fils de maître ne pourra estre admis audit mestier pour besogner comme maître et à sois même que: premier; il n'ayt faict relief d'icelluy en payant trois florins Branbant à repartir comme dict est, moitié à nous moitier audict mestier. En outre lesdit estrangers et tous aultres qui ne seront fils de maître debveront par nous faire advouer et ratiffier leur admission devant lequel adveu ne pourront ni debveront de tel mestier user et besoigner. Et s'y aulcun présumast, avant d'avoir satisfaict aux conditions prescriptes user de tel mestier, il escherra en peine et amende de cent florins de Brabant à payer moictié à nous, moictié audit mestier pour le temps en ferons la poursuite."


Des difficultés apparaissent pour pouvoir s’installer potier à Bouffioulx. Il faut donc partir soit de son plein gré soit parce que on est victime de bannissement. Le nom de Gibon est associé à cette problématique. On en a pour preuve les recherches menées à Sart-Poteries, près d’Avesne sur Helpe en France, par Annette Delmotte en, octobre 1988. Elle a dépouillé les registres d’Etat civil, les rôles de capitation de 1701 à 1788 et quelques actes notariés.

En 1720 le nom de Gibon "On a souvent répété que les potiers de Sars étaient des potiers wallons qui avaient essaimé de Bouffioulx-Châtelet au 18ème siècle pour y importer le grès. Or aucun sauf conduit n’a été trouvé à Sars-Poteries; Par contre,dans le village voisin de Sars,à Ferrière-la-Petite a la certitude de l’arrivée en 1718 de Gilles Gibon grâce au sauf conduit délivré par le curé de Bouffioulx en ces termes :


"Je soussigné atteste à tous ceux qu’il appartiendra que Gille Gibon est habitant du village de Bouffioulx proche de Chastelet-sur-Sambre, pays et diocèse de Liège, home de très bonne vie sans reproche pour avoir fait ses pasques sen vat avecqs son fils pour travailler des potteries en village de Fierre la petite prians tous t un chacun de luy donner aucun troublle ny molestation ains toutte assistence. En foy de quoy j’ay signé cette et y apposer mon caché ordinaire. Fait ce XI avril 1718. P. Le Clercqz, curé de Bouffioulx."


Il faut remarquer que lorsque Gilles Gibon arrive à Ferrières-la-Petite, d’autres Gibon portant même nom et parfois même prénom sont déjà potiers à Sart-Poteries.





Les potiers de Bouffioulx et Châtelet

Les potiers de Bouffioulx et Châtelet


Magritte à Châtelet

Magritte à Châtelet